L’université au bord de la saturation

Camille Stromboni, Le Monde, 11/05/2017
Le droit d’accès à l’enseignement supérieur pour tout bachelier va-t-il perdurer ? La question paraît encore théorique, mais elle ne manquera pas de se poser dans un avenir proche. Peut-être même dès la prochaine rentrée. Le tirage au sort à l’entrée de l’université, gravé dans le marbre d’une circulaire publiée le 27  avril, n’est en effet que le symptôme d’un système au bord de la saturation.
A l’entrée de certaines filières universitaires surbookées, on tire au sort pour départager les trop nombreux candidats, lorsque le nombre de places ne suffit pas à répondre à la demande. Des centaines de bacheliers qui ont pourtant placé une licence universitaire en premier vœu restent sur le carreau : 3 500 à la dernière rentrée ont plébiscité en vain un ticket d’entrée en sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps), ou encore en psychologie et en sciences de l’éducation.
La filière sportive est la plus touchée, mais d’autres, déjà sous grande tension comme le droit, pourraient être concernées en  2017. Le phénomène ne peut que s’aggraver, avec l’arrivée des enfants du boom démographique des années 2000 aux portes de l’université. Le ministère de l’éducation nationale a promis que la prestigieuse médecine, toujours scrutée de près, ne poserait pas de problème, d’après les premiers chiffres issus de la plate-forme d’Admission postbac sur laquelle les lycéens et les étudiants en réorientation formulent leurs vœux. A voir. Si cela ne concerne qu’un nombre très faible de bacheliers, par rapport aux 800 000 jeunes orientés chaque année dans l’enseignement supérieur, l’université est la seule filière de l’enseignement supérieur public où la sélection à l’entrée est interdite. Une mission d’ouverture qui s’effrite : les licences ont mis en place, les unes après les autres, des capacités d’accueil limitées afin de pouvoir fermer leurs portes quand la jauge est pleine. En master aussi, depuis la réforme votée en décembre  2016, les universités peuvent fixer des capacités d’accueil au-delà desquelles elles refusent les candidats, cette fois-ci avec de véritables critères de sélection et non par tirage au sort.
Ce processus de l’aléa ne devrait plus durer longtemps en premier cycle : Emmanuel Macron a promis d’abolir cette loterie au profit de la mise en place de prérequis à l’entrée des formations, assimilables à des critères de sélection. En sciences, il pourrait s’agir ainsi  » d’acquis minimaux en mathématiques, en sciences physiques ou en sciences de la vie et de la Terre « ,envisageait le candidat d’En marche ! dans son programme. Si l’idée paraît logique – elle est plébiscitée par les présidents d’université, d’autant plus au regard des importants taux d’échec en première année –, quid des jeunes qui seront jugés inaptes ? L’alternative avancée par M. Macron paraît pour le moins légère : des  » cours d’été  » permettraient aux recalés de combler leurs lacunes…
Le nouveau président de la République risque surtout d’être bien vite rattrapé par l’urgence de la situation. Le hashtag des dernières rentrées #MonAmphiVaCraquer sur Twitter, où chacun partageait ses photos d’amphithéâtres bondés, en est l’une des illustrations.
 » Le compte n’y est pas  »
Cela fait déjà trois ans que 30 000  à 40 000 étudiants supplémentaires rejoignent les bancs universitaires chaque année. La rentrée 2017 doit encore battre des records puisque déjà 40 000 candidats de plus ont émis des vœux sur la plate-forme Admission postbac. Et d’après les projections à l’horizon 2025, ce sont 350 000 étudiants de plus au total auxquels il faut s’attendre, d’après le dynamisme démographique, les taux de poursuite d’études et les tendances d’orientation observées jusqu’ici. Avec des pics prévus… en  2017 et 2018. L’université, qui accueille déjà la majorité de cet afflux, n’a pourtant pas vu ses moyens bouger depuis le début du quinquennat Hollande – hormis une progression en toute fin de mandat, en  2017. Car, outre le nombre d’étudiants en croissance, ce sont les charges des établissements qui augmentent chaque année, principalement en raison de l’évolution de leurs masses salariales.
Pour les représentants de la communauté universitaire, la  » Priorité jeunesse  » résonne crûment :  » le compte n’y est pas « , dénonçaient dans une motion étudiants, enseignants et présidents d’université. Ce ne sont pas non plus les 5 000 postes  » créés  » dans l’enseignement supérieur – parmi les 60 000 emplois promis par François Hollande à l’éducation nationale – qui ont permis de tenir le choc. En vérité, ces créations correspondent à des dotations en masse salariale qui ont servi aux universités à ne pas finir dans le rouge.
Au moins une dizaine d’entre elles se retrouvent, chaque année, en déficit, depuis leur passage à l’autonomie sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. En résulte un enchaînement de plans d’économies drastiques et de coupes à tous les niveaux, dans les budgets des formations et en supprimant des emplois lorsqu’ils deviennent vacants. Cette année, les plans des universités de Toulouse-III, Limoges ou encore Grenoble, Dijon et Orléans n’ont pas manqué de provoquer d’importantes tensions dans les établissements.
S’il est toujours possible de trouver des marges, de gagner en efficacité, de mutualiser…, les universités semblent être arrivées au bout de la logique. Difficile d’éluder encore la question de l’investissement de l’Etat. La communauté universitaire évalue les besoins à 1 milliard d’euros de plus par an. M.  Macron n’a promis qu’une  » sanctuarisation  des moyens « , qui correspond, le monde univer-sitaire le sait après le quinquennat Hollande, à une stagnation des budgets quand les charges continuent à augmenter.

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Si j’étais ministre de l’ESR : candidature spontanée

Monsieur le président de la République française, camarade, cher Manu,
Tu permets que je t’appelle camarade et que je te tutoie ? Aucune familiarité, c’est juste une tradition chez les gens de gauche, comme le « cher ami » et le voussoiement chez les gens de droite.
Alors Manu, je voulais d’abord te féliciter pour ton élection. En plus comme j’ai été obligé de voter pour toi au second tour, c’est un peu ma victoire à moi aussi. J’ai été soulagé que tu gagnes camarade. Soulagé, mais pas réjoui. Je peux te le dire maintenant, il est pas fantastique ton programme. Sur l’enseignement supérieur et la recherche, une partie de ton « deuxième chantier », c’est même un cauchemar. Toi qui veux réformer la France et la moderniser, ils t’ont refourgué une réforme d’occasion qui a déjà servi à 3 ou 4 présidents et une dizaine de ministres. Ils ont passé un coup de polish sur la carrosserie, mais le moteur est mort. Je ne te donne pas 6 mois avant qu’elle rende l’âme.
C’est un peu de ta faute aussi. À force de qualifier de « conseillers » des septuagénaires et des nonagénaires désoeuvrés qui étaient déjà responsables de l’Éducation avant ta naissance, ça devait arriver qu’ils ressortent leurs vieux albums photos des tiroirs.

Extrait : Le Sup en maintenance le blog de Yann Bisiou

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