L’opération Paris-Saclay menace les missions d’enseignement et de recherche des universités Paris‑Sud, Versailles-Saint Quentin et Évry

Paris-Saclay, un projet en trompe l’œil
L’opération d’intérêt national Paris-Saclay, lancée par Sarkozy et Pécresse en 2009, visait à rassembler sur le plateau Saclay, vaste zone agricole de 2500 ha située à 25 km au sud de Paris, des établissements de recherche scientifique et d’enseignement supérieur de premier plan. Profitant de l’occupation d’établissements implantés de longue date sur le territoire (université Paris-Sud, CEA, Polytechnique, synchrotron Soleil, HEC), l’opération était présentée comme le fer de lance d’une politique d’investissement massif dans la recherche scientifique. Ne parlait-on pas de « Silicon valley à la française » où les divers établissements travaillant en synergie constitueraient un ensemble de visibilité internationale (traduisez : bien placé dans le classement de Shanghai) ? L’infrastructure urbaine était prise en charge par la société du Grand Paris, le plan campus financerait la réhabilitation ou la reconstruction des bâtiments (1). L’opération, parrainée par des personnalités scientifiques renommées, coïncidait avec la mise en œuvre des Responsabilités et Compétences Elargies dans les universités et le lancement de la première vague des Plans d’Investissement d’Avenir (PIA). Toutes les conditions avaient été réunies pour inciter de nombreux responsables de laboratoires de l’Université Paris-Sud et du CNRS à jouer le jeu de la course à l’excellence notamment à concourir pour l’Initiative d’Excellence (IdEx). Une Fondation de coopération scientifique (FCS Paris-Saclay), structure de droit privé, était créée afin de porter le projet d’IdEx (obtenu avec succès), un PRES rassemblant une vingtaine d’établissements publics et privés (écoles d’ingénieurs, centres R&D industriels) s’agrégeant autour de l’université Paris-Sud, de Polytechnique avec de grands organismes (CNRS, CEA, INRA…) pour partie prenante.

Marche forcée vers l’université Paris-Saclay menée au pas de charge
Suivant la loi Fioraso de 2013, la FCS Paris-Saclay est sommée d’évoluer vers le statut de COMmunauté d’Université et d’Établissements (COMUÉ) selon un calendrier serré.
– Décembre 2014 décret de création de la
COMUÉ « Université Paris Saclay » qui n’a d’université que le nom, pour ensuite argumenter qu’il ne peut y avoir qu’une seule université qui sera Paris-Saclay.
– 2014/2015 : Mutualisation des doctorats et des masters grâce au travail intensif mené par les enseignants chercheurs dans des conditions difficiles.
– Juin 2015 : Élection Paris Saclay, 80 000 usagers et personnels, organisée à la va-vite par une entreprise privée. Un président, G. Bloch, est élu pour organiser l’intégration de la
COMUÉ.
L’université Paris Saclay existe administrativement mais le contexte a changé,
l’engouement des premiers jours est retombé, les illusions se sont envolées. Côté scientifique, la valorisation des résultats de la recherche, sommée d’être « innovante », et la formation à l’entrepreneuriat semblent être l’alpha et l’oméga du projet. Côté visibilité, le bétonnage du plateau de Saclay va bon train mais ce qui apparaît le plus nettement, c’est le caractère spéculatif des investissements avec forte plus-value foncière (terres agricoles devenues constructibles) et immobilière (urbanisation dense autour des gares de la nouvelle ligne de métro) notamment dans le cadre de partenariats publics privés, coûteuse pour les finances publiques, juteuse pour les promoteurs.
Plutôt dubitatifs dans un premier temps, les personnels commencent à ressentir les conséquences des mutualisations, des restructurations de laboratoires, l’inutilité de certains déménagements couteux mais non financés 
(2), la zizanie introduite au sein des équipes entre collègues élus excellents et les autres. Tout ceci sur fond de politique d’austérité sévissant à Paris-Sud comme ailleurs : GVT, suppression des postes d’ATER, gel et non remplacement de postes d’enseignant-chercheur et d’agent administratif et technique, par exemple à Paris-Sud : 90 recrutements de Maitre de Conférences en 2009, 37 en 2017. Cette austérité est d’autant plus mal vécue qu’elle n’est pas appliquée équitablement, et c’est un euphémisme. En effet, en décembre 2015, alors les universités subissent de façon récurrente la politique d’austérité du gouvernement, l’école Polytechnique reçoit un chèque de 60 millions d’euros dont 36 millions pour construire une formation de Bachelor, accroissant encore plus la différence de traitement budgétaire entre l’X et les universités. Cet événement provoque un tremblement de terre institutionnel local à quelques jours du dépôt du nouveau projet d’IdEx (3)…. qui n’aura pas de réponse favorable ! Avec le temps, le sentiment général des personnels vire à l’inquiétude sur l’avenir de leurs statuts et surtout celui des futurs recrutés, et de leurs conditions de travail, face à la menace qui pèse sur leurs missions. En clair, le projet a perdu le soutien de ses forces vives.

Septembre 2016, Matignon gère le dossier
Après la mauvaise réception de la candidature à l’IdEx du PIA (2e vague) juste autorisé à resoumettre sa candidature après quelques mois de sursis, les services du premier ministre et G. Bloch font pression sur la présidente de Paris-Sud nouvellement élue qui échoue dans ses négociations, en se voyant imposer fin novembre 2016 un texte de cadrage ministériel incompatible avec nos valeurs universitaires : ce texte précise en effet comme objectif premier de n’attirer que les « meilleurs étudiants », octroie à la COMUÉ le pouvoir de vie ou de mort sur les laboratoires de recherche, et organise la concurrence entre les formations ! La dissolution dans la COMUÉ Paris-Saclay de l’université Paris-Sud (avec celles de Versailles-Saint Quentin et d’Évry) est imposée comme une condition incontournable pour présenter une nouvelle candidature à l’IdEx, ce qui ne rapportera finalement que 30 millions d’euros par an à diviser entre tous les partenaires, soit des miettes. Sans aucun objectif précis, ni en termes de recherche ni en termes de formation, l’IdEx et la COMUÉ ne sont finalement que des prétextes pour démanteler les universités et les statuts de la fonction publique associés, démantèlement proposé avec un optimisme emprunt de naïveté par la présidente de l’Université Paris Sud, et, ce qui est largement incompréhensible, tandis que parallèlement les écoles d’ingénieurs conservent leurs structures et leurs prérogatives (4). Entre la volonté gouvernementale et la réticence des personnels, la position de la présidente de Paris-Sud est inextricable. Le 16 janvier, une Assemblée générale des personnels appelée par la quasi totalité des syndicats de Paris-Sud a adopté une motion (cf.. encart) lue devant le congrès (Conseil d’Administration+Conseil Académique) réuni le même jour. La volonté d’élargir la mobilisation des personnels est en cours.

Conseil syndical d’établissement, structure de coordination des sections Snesup de l’université Paris-Sud

1) La somme des investissements alloués à l’ensemble du projet s’élève à 5,2 milliards d’euros à ce jour, d’après le rapport de la Cour des Comptes de février 2017.
(2) Le centre R&D d’EdF est déplacé de quelques kilomètres plus au sud et il en est de même de l’École Centrale qui fusionne avec SupÉlec, mais la palme revient à l’INRA qui doit abandonner son centre historique de Grignon pour venir à Saclay avec une perte considérable de surfaces cultivables de recherche (voir le 4_pages de la CGT91, http://www.cgt91.fr/plateau-de-saclay-reunion-publique-avec-p-martinez/).
(3) Mensuel du SNESup n°642.
(4) Incompréhension d’autant plus fondée que l’université Paris-Sud figure dans le top 50 du classement de Shanghai.

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