Les bons petits soldats de la CP-CNU prennent en main la mise en place de l’évaluation individuelle des enseignants-chercheurs

Résumé : Une majorité de nos représentants à la CP-CNU viennent de voter en faveur de la mise en place du « suivi de carrière » individuel. Outre le fait que ce vote constitue pour certains une trahison de leur mandat syndical, ce suivi de carrière individuel est l’outil indispensable qui manquait pour la mise en place d’une modulation de service forcée pour les enseignants-chercheurs, qui ne saurait tarder étant donné l’austérité imposée aux universités.

Depuis le décret de 2009 de Valérie Pécresse, le spectre de l’évaluation individuelle avec modulation de service à la clef plane sur la tête des enseignants-chercheurs; la charge de cette évaluation devant être assumée par le CNU. En effet, le décret prévoyait la possibilité de moduler les services d’enseignement à la hausse ou à la baisse, selon la soi-disant « qualité » de la recherche de l’EC, évaluée tous les 4 ans. Fort heureusement, le mouvement de grande ampleur que ce décret avait suscité en 2009, a permis d’obtenir un moratoire du dispositif pendant le mandat CNU 2011-2016.

Malgré le fait que toutes les études indiquent que l’évaluation individuelle d’un travail qualitatif et collectif n’a aucun sens du point de vue scientifique[1], d’autant plus si elle se veut quantitative, et qu’elle aura des effets très néfastes sur la qualité de la recherche puisqu’elle encourage la quantité plutôt que la qualité, les voies de recherche à la mode plutôt que des voies personnelles, le ministère s’acharne à vouloir l’imposer. C’est que dans le contexte d’austérité imposée à notre système universitaire, un tel outil de neo-management[2] serait fort utile pour faire des économies, en transformant tout simplement nombre d’enseignants-chercheurs en enseignants à plein temps. Tout en décourageant les collègues à s’engager dans des voies de recherche contraires aux desiderata du moment, sous peine d’être mal « évalués » et d’en subir les conséquences, faisant de ce dispositif un puissant instrument de normalisation[3].

Consciente de ces enjeux, la ministre Fioraso s’était empressée de confirmer la mise en place du dispositif d’évaluation individuelle dans son décret de 2014, en le rebaptisant « suivi de carrière ». Il fait maintenant partie des missions du CNU depuis son renouvellement en 2016.

Devant la menace que ce dispositif représente pour le statut des enseignants-chercheurs, 38 sections CNU sur 52 ont voté des motions contre sa mise en place. Et, dans un premier temps, la CP-CNU, qui réunit les membres des bureaux des sections CNU, a demandé la réitération d’un moratoire du suivi de carrière. Mais le 9 juin dernier, à la surprise générale et alors qu’on pensait la menace momentanément éloignée, une majorité de nos représentants à la CP-CNU ont décidé de passer outre le vote des sections et ont voté, contre l’intérêt de leurs collègues, une proposition de mise en place du « suivi de carrière » qui ne garantit ni le caractère facultatif de celui-ci, ni la confidentialité du rapport vis à vis de l’établissement, trahissant ainsi souvent la profession de foi sur laquelle ils ont été élus. Le résultat du vote a été de 96 voix pour, 43 contre et 15 blancs.                                       .

Les arguments principaux de nos collègues qui ont voté pour cette proposition sont les suivants : ils n’auraient pas eu le choix face aux pressions du ministère, cette proposition serait moins pire que ce qui était prévu initialement, l’évaluation ne comprendrait aucun élément de notation de l’enseignant-chercheur et surtout, la CPU (conférence des présidents d’université) se serait engagée à ne pas utiliser les résultats du suivi de carrière pour moduler les services.                               .

A ces arguments brumeux nous répondons qu’il y a une limite à l’acquiescement et à l’accompagnement de réformes néfastes et dangereuses, et qu’un engagement formel de la CPU ne saurait en aucun cas rassurer les collègues devant les risques évidents d’une utilisation à des fins gestionnaires du suivi de carrière. Nous rappelons qu’un rapport de l’Inspection Générale (IGAENR) publié en mars dernier préconise la modulation sauvage des services d’enseignement, en faisant sauter toute référence aux 192 h.                                                 .

Nous refusons que des collègues mettent en péril le statut national des enseignants-chercheurs. Nous refusons de permettre qu’un tel discrédit soit jeté sur la seule instance représentative de l’Université, le CNU.

Nous appelons donc l’ensemble des Enseignants Chercheurs à défendre leur statut en participant aux mobilisations de la rentrée, contre l’austérité et contre la mise en place du « suivi de carrière », et à rappeler aux membres du bureau de leur section CNU qu’ils sont élus pour défendre l’intérêt des EC et que voter des mesures qui vont à l’encontre des professions de foi sur lesquelles ils sont élus est une trahison de leur mandat.

[1] Yves Gingras. Les dérives de l’évaluation de la recherche – Du bon usage de la bibliométrie. Ed. Raisons d’agir, 2014.
[2] Isabelle Bruno, Pierre Clément et Christian Laval. La grande mutation. Neolibéralisme et éducation en Europe. Coll. Comprendre et Agir, éd. Syllepse, 2010.
[3] Roland Gori, Marie-Jean Sauret, Alain Abelhauser. La Folie Evaluation. Ed. Mille et une nuits, 2011.

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s