Penser l’effondrement de notre monde

Pablo Servigne: penser l’effondrement de notre monde, 2015

Pablo Servigne, ingénieur agronome et docteur en biologie, vient de publier au Seuil, dans la collection anthropocène qui s’avère un des lieux importants de la réflexion intellectuelle aujourd’hui en France, un ouvrage intitulé « Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes. »

Les yeux sont rivés sur la Grèce et la possibilité que le pays s’effondre. Pablo Servigne réfléchit, plus généralement, à la manière d’envisager l’avenir à partir de la possibilité non pas de la fin du monde, mais de celle du monde tel que nous le connaissons.

Dans ce livre coécrit avec Raphaël Stevens, il est donc question d’effondrement, de ce que Jared Diamond, l’auteur d’un livre de référence sur le sujet, intitulé Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, définissait comme la « réduction drastique de la population humaine et/ou de la complexité politique / économique / sociale, sur une zone étendue et une durée importante ».

L’effondrement, toutefois, n’est pas synonyme d’apocalypse. Dans leur ouvrage, Pablo Servigne et Raphaël Stevens n’adoptent pas une posture catastrophiste, n’ignorent pas les possibilités de résilience, mais veulent prendre acte du fait que la civilisation industrielle vit ces dernières décennies et que ce n’est pas en multipliant les dénis qu’on empêchera que la fin de notre monde ne devienne synonyme de fin du monde.

Comment à la fois admettre que la « fenêtre d’opportunité que nous avions pour éviter un effondrement global est en train de se refermer » et imaginer qu’on puisse encore s’en sortir ?

Pour les auteurs, il faut penser dans le même temps local et global, le fait qu’on ne peut plus continuer comme cela et celui qu’il existe des résiliences possibles, puisque « si les amphétamines et les antidépresseurs ont été les pilules du monde productiviste, la résilience, la sobriété et les low-tech seront les aspirines de cette génération gueule de bois ».

Partageant avec le philosophe Jean-Pierre Dupuy une forme de « catastrophisme éclairé », les auteurs tentent alors d’articuler les possibilités d’agir et la lucidité sur le constat.

Une attitude qui impose de ne pas penser l’effondrement comme un grand tout englobant mais comme une nécessité de retravailler de manière urgente la question des inégalités, puisque « dans une société inégalitaire où les élites s’approprient les richesses, ce qui semble plutôt correspondre à la réalité de notre monde, le modèle indique que l’effondrement est difficilement évitable, quel que soit le taux de consommation ».

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